French poem
Avril
by Paul Harel (1854–1927)
Le poète sans raison oraison Rime, il fait son oraison, Il aime dans la saison Où l’on aime ; Il est sans honte et sans peur, Quand l’aubépine est en fleur Il sent fleurir dans son cœur Un poème.
Lorsqu’Avril est de retour, Les oiseaux lui font la cour Dès le petit point du jour ; La lumière Et les gosiers éclatants Au Créateur du Printemps Semblent faire, en même temps, Leur prière.
Avant de prendre son vol, Le rebec, le rossignol, La fauvette au doux bémol Et le merle. Chaque oiseau pieusement Lance vers le firmament Son grelot, son diamant Ou sa perle.
Les oiseaux sont ignorants Et naïfs, mais dans leurs rangs Il n’est point d’indifférents Ni d’impies Et le Dieu de l’univers Se complaît aux chants divers Des paons, des geais, des pics-verts Et des pies.
Lorsqu’Avril est de retour, Les oiseaux lui font la cour Des le petit point du jour ; La lumière Et les gosiers éclatants Au Créateur du Printemps Semblent faire, en même temps, Leur prière.
De la corneille au pinson. Chacun chantant sa chanson. Les oiseaux à l’unisson S’émerveillent. En Avril, ce joli mois, Aux champs, aux prés, dans les bois. Les cœurs font comme les voix : Ils s’éveillent !
Ô les gentils amoureux ! Le Printemps, exprès pour eux, Sème au pied des arbres creux L’herbe douce, Et dans l’ombre du chemin. Complice de leur hymen, Leur fait un lit de gramen Et de mousse.
Les ramiers, roulant les yeux Avec ces airs glorieux Qu’imitent à qui mieux mieux Nos mondaines, Roucoulent en faux-bourdons Et les moineaux corydons Préludent par des fredons Aux fredaines.
De la corneille au pinson. Chacun chantant sa chanson, Les oiseaux à l’unisson S’émerveillent. En avril, ce joli mois, Aux champs, aux prés, dans les bois. Les cœurs font comme les voix : Ils s’éveillent.
La poule d’eau sur l’étang Glisse et glousse en coquetant, Disparaît à chaque instant, Plonge, fouille Et reparaît tout-à-coup, Montrant le bec, puis le cou ; Cela divertit beaucoup La grenouille.
La grenouille lentement Nage et risque par moment Un petit coassement Rare et rauque ; Bouche bée, œil grand ouvert, Immobile, à découvert, Elle tache d’un point vert L’étang glauque.
En contournant un îlot, Le ruisselet au galop Dans l’étang jette son flot Qui scintille. Sous les feuilles des cressons, Un banc de petits poissons Donne à l’herbe des frissons Et frétille.
La poule d’eau sur l’étang Glisse et glousse en coquetant, Disparaît à chaque instant, Plonge, fouille Et reparaît tout-à-coup, Montrant le bec, puis le cou ; Cela divertit beaucoup La grenouille.
Pendant que Mars s’en allait Avril doucement filait Le frais et chaud mantelet Des ramées ; Toutes les fleurs du bon Dieu Qui vont éclore avant peu, Contre la glace et le feu Sont armées.
Que de fruits nos gens auront ! Le poirier est un peu prompt. On le trouve vers Domfront Téméraire ; Il fleurit étourdiment Comme un arbre d’agrément. Le pommier est plus normand Que son frère.
Sachant Avril inconstant Et Mai perfide, il attend Avec prudence, l’instant Où la sève Pourra monter jour et nuit. La fleur n’est rien sans le fruit, La pomme seule a séduit La mère Ève.
Pendant que Mars s’en allait, Avril doucement filait Le frais et chaud mantelet Des ramées ; Toutes les fleurs du bon Dieu Qui vont éclore avant peu, Contre la glace et le feu Sont armées.
Quand le Printemps est viril Et qu’il tonne au mois d’Avril, Loin de se croire en péril De la foudre, Les oiseaux ouvrent leur bec. L’herbe, tenue en échec, Pousse en narguant le temps sec Et la poudre.
Les jeunes gens sont gaillards. Le soleil, doux aux vieillards, Darde, à travers les brouillards Moins opaques. Des rayons quotidiens Et tout comme aux temps anciens En Avril les bons chrétiens Font leurs Pâques.
À l’alléluia vainqueur Les fidèles, de bon cœur, Répondent avec le Chœur, Ou récitent : « Le Christ est ressuscité ! » Pendant que, de leur côté, Le Printemps et la clarté Ressuscitent.
Quand le Printemps est viril Et qu’il tonne au mois d’Avril, Loin de se croire en péril De la foudre, Les oiseaux ouvrent leur bec. L’herbe, tenue en échec, Pousse en narguant le temps sec Et la poudre.
Le poète sans raison Rime, il fait son oraison, Il aime dans la saison Où l’on aime ; Il est sans honte et sans peur, Quand l’aubépine est en fleur. Il sent fleurir dans son cœur Un poème.