French poem
Août
by Paul Harel (1854–1927)
Adieu, juillet, ta tâche est faite au faîte: Les hauts greniers, jusques au faîte, De foins odorants sont remplis. L’ardent soleil grille la plaine, Où le zéphir, de son haleine, Vient creuser d’onduleux replis.
Dans le délire qui les gagne, Les oiseaux battent la campagne. Les perdreaux, fils de Messidor, Effarouchent les tourterelles, Et les râles aux pattes grêles Se faufilent dans les blés dor.
Les champs sont d’immenses corbeilles ; On voit voltiger les abeilles Des nielles aux liserons. Au fond des orges qui les couvrent, Quelques bluets tardifs entr’ouvrent La dentelle de leurs fleurons.
Faucheurs, reprenez vos armures, Voici que les avoines mûres Gonflent leurs derniers grappillons. Filles que juillet a bronzées, Venez donc étendre à brassées Les javelles sur les sillons.
Bras ennemis de la paresse, Cœurs toujours prompts à l’allégresse. Que la gaîté brille en vos rangs. Ô travailleurs et travailleuses, Entonnez les chansons joyeuses, Où se mêlent les rires francs.
À voix haute, en chœur, à la ronde, Célébrez la terre féconde Sans crainte du ciel orageux. Le Dieu qui fait pousser les herbes, Le Dieu qui fait mûrir les gerbes D’en haut bénit les courageux.
Chantez le grain que Dieu nous donne : Puisque le moucheron bourdonne Sur le champ, de rayons criblé ; Puisqu’à vos pieds la fleur embaume, Chantez, paysans, rois du chaume, Le poème du grain de blé !
Demain, à pleines charretées, Les gerbes seront emportées, Les granges vides s’ouvriront. Remplissez les granges encore. Demain, sous le fléau sonore, Les grains des épis jailliront.
Grains de blé, farine future, Notre pain, notre nourriture, Dieu te fait mûrir tous les ans. Ô grain de la campagne blonde, C’est par toi qu’il nourrit le monde : Vive le Dieu des paysans !