French poem
La Leçon de Catéchisme
by Paul Harel (1854–1927)
La vérité, qui dort dans les âmes viriles,lèvres puériles Sort, — c’est Dieu qui l’a dit, — des lèvres puériles. Il n’est jamais trop tôt pour affirmer sa foi, Il faut aimer, connaître et pratiquer la loi Avant de soupçonner ce que peut être un schisme
Aussi, Thérèse et moi, faisons le catéchisme.
Nous avons un élève, un enfant d’ouvrier, Qui sait à peine lire et pas du tout prier ; Hormis la nôtre, il n’a l’amitié de personne. Comme il ne peut encor mal faire, on le soupçonne. Les gens de bien, flairant d’avance un vagabond, Se demandent à quoi le gars peut être bon. Certains disent déjà qu’il y faut prendre garde.
Droit au milieu des yeux ma fille le regarde. Sans maussade soupçon, sans crainte et sans ennui, Elle lui fait accueil et s’approche de lui. Quand le petit voisin s’enhardit, sans rien dire, Thérèse en bonne enfant répond à son sourire. Notre disciple est fier, mais il n’est pas méchant.
Nous vivons tous les trois dans un accord touchant L’élève, la fillette et le maître d’école. L’élève, ouvrant son âme, écoute ma parole Et j’y laisse tomber le grave enseignement. La lettre en sa cervelle entre péniblement, Le son taquine en vain sa mémoire rebelle. L’esprit ne garde pas ce que la lèvre épèle ;
Mais nous recommençons et nous recommençons, À petits coups de dents nous mâchons nos leçons ; Nous faisons tant, sans perdre et sans ménager l’heure, Qu’en l’estomac parfois quelque chose en demeure. On ne devient pas clerc seulement en rêvant.
Hier, l’abbé m’a dit : Votre élève est savant !
— Je le crois bien, ma fille est son institutrice.
— Thérèse ? je croyais qu’elle était en nourrice, Répond l’abbé, qui manque un peu de charité.
— En nourrice ? Elle aura trois ans devant l’été ! Ma Thérèse, qui tient la chose de ses pères, A d’étranges pitiés pour toutes les misères ; Elle ne peut pas voir un enfant mal vêtu Sans lui tendre son pain et lui dire : en veux-tu ? Et Thérèse a gros cœur quand l’affamé refuse. Sachez qu’en enseignant elle est pleine de ruse ;
Si notre élève ahanne et boude dans un coin, Elle lui tait risette et l’embrasse au besoin. Pour charmer ses ennuis et vaincre sa paresse, Votre glose, l’abbé, vaut-elle sa caresse ?
Thérèse catéchise et prêche à sa façon, La leçon qu’elle donne est la bonne leçon. Quand, aux jours de dépit, notre catéchumène S’en va, la tête aux champs, Thérèse le ramène Et le console avec des yeux encourageants.
Que voulez-vous ? Thérèse aime les pauvres gens.