Versos French Paul Harel La Robe

French poem

La Robe

by (1854–1927)

Listen in the reader

Fillette, quel orage éclate sur ta tête ? Ton pauvre petit nid tremble sous la tempête, Servantes et mamans entourent ton berceau, Quel tapage ! N’as-tu point peur, mon doux oiseau ?

Thérèse n’a pas peur. Songez donc : elle étrenne Une robe ! Ô ma fille, ô ma petite reine, Comme on va tout-à-l’heure en bas te saluer !

Une robe ! On entend caqueter, remuer… Bruit des voix, bruit des pas, froissements des étoffes, Cris d’admiration, compliments, apostrophes, Que c’est joli ! C’est bien ! C’est mal ! N’y touchez pas ! Nous autres, tout pensifs, nous écoutons d’en bas, Interrogeant des yeux le plafond insondable. Ce caquet féminin nous paraît formidable. Une robe, ô splendeur, mystère, accoutrements ! Les pères n’ont point part à ces événements. Pour habiller l’idole est-ce qu’on les consulte ? Leur rôle est bien plus simple : ils font les frais du culte.

J’attendrai mon idole au bas de l’escalier. — Eh ! Thérèse ? — Papa, j’ai mon petit soulier. — Bien, ma fille. — Monsieur, Thérèse a du salpêtre Dans les veines ; tenez, la voilà qui s’empêtre Dans sa jupe. — Tais-toi, femme ; l’esprit grognon.

— Eh ! Thérèse ? — Bonjour, petit papa mignon. — Viens, ma fille ! Voilà l’enfant qu’on me dérobe !

— La voici ! La voici ! Regardez : Quelle robe ! Brocatelle et velours, elle sied à ravir. Vous la trouvez jolie ? À n’oser s’en servir. — Admirez donc un peu ce fin col de batiste — Délicieux… — Vraiment, l’ouvrière est artiste. — C’est un déshabillé tout-à-fait réussi. — La robe est ravissante ! — Et la fillette aussi.

— Moi, j’aime son maintien. — Moi, j’admire sa grâce — Laissez-la marcher seule ! — Apportez une glace !

— Avec de pareils cris tous les voisins viendront. — Par ma foi, je plains bien les gens qui la verront ! — Madame, autour de nous tout le quartier s’amasse !

À ce propos, Thérèse a fait une grimace, Elle a tourné les yeux vers les hauts potagers, D’où la vapeur s’élève en panaches légers Et pendant qu’autour d’elle en tumulte on s’attroupe Elle dit simplement :

Je voudrais bien ma soupe.