Versos French Paul Harel Les Griottes

French poem

Les Griottes

by (1854–1927)

Listen in the reader

Mignonne, dès qu’ils nous virent. Du fin haut des griottiers, Les joyeux oiseaux s’enfuirent, Leurs cris au loin se perdirent Un peu dans tous les quartiers.

Jolis gourmands en maraude, Décampant à notre aspect ; Merles, noirs comme la fraude, Pics-verts aux tons d’émeraude. Grives brunes, fruit au bec.

Ô les belles découvertes ! Sous leurs toits irréguliers Les griottiers, maisons vertes, Cachaient des tables ouvertes Aux habitants des halliers.

Nous jetâmes la panique Dans les branchages mouvants ; C’était une chose inique. — Quoi ! troubler le pique-nique De ces oiseaux bons vivants !

Mais les plus hardis revinrent Un par un, puis deux par deux. Vos yeux si doux les retinrent ; En vous voyant, ils parvinrent À me sentir auprès d’eux.

Mignonne, l’audace augmente Aisément chez les pillards. L’un dit : « Tiens, c’est une amante ! » L’autre dit : « Elle est charmante ! » Les oiseaux sont babillards.

« Je vous l’ai déjà vantée, » Observa merle en sifftant ; « La croyez-vous empruntée ? « J’en ai la tête montée ! » Reprit-il en se gonflant.

« Ange, fée ou châtelaine, Fit pic-vert d’un ton navré, Bienheureux qui, par la plaine. De sa fraîche et douce haleine Longuement s’est enivré ! »

« Regardez ! fit la mésange, Près du pic-vert à genoux, Bien sûr, ce n’est point un ange. Regardez donc : elle mange Des griottes comme nous ! »

Les oiseaux, sous la feuillée, Continuaient de phraser. Vous étiez émerveillée Et ta lèvre barbouillée Reçut mon premier baiser.