Versos French Paul Harel Mai

French poem

Mai

by (1854–1927)

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Le long des seigles, verte houle, Miroir de l’astre irradiant, La procession se déroule, Se déroule en psalmodiant.

La bannière de la paroisse, Glands et panache, va devant Et dans la brise qui la froisse Clapote au vent, clapote au vent.

Le cortège a deux longues chaînes, Le prêtre s’avance au milieu, Chantant : Les récoltes prochaines Sont en vos mains, ô Seigneur Dieu !

Sous l’air chaud du ciel qui s’embrase, À l’aspect des seigles flottants, Le bedeau, qui tombe en extase, Ouvre la bouche à deux battants.

Le gazouillis des demoiselles Répond au chant du sacristain Et les surplis battent des ailes Au souffle embaumé du matin.

Les pèlerins montent la côte, Où flottent les splendeurs de Mai ; Le saint, qu’on invoque à voix haute, Sourit sous son nimbe enflammé.

La procession marche, marche Et l’écho répète en latin Le nom de quelque patriarche…… Puis, tout se perd dans le lointain.

Et voici qu’on dit mille choses À l’abri des rameaux tremblants, Dans la splendeur des pommiers roses, Dans la clarté des poiriers blancs.

Les monotones litanies, Radotant comme un chant d’amour, Ont réveillé des harmonies Dans tous les buissons d’alentour :

— Saints, protégez notre jeunesse, Piaille une couvée en émoi. — Seigneur, brait doucement l’ânesse. Seigneur, souvenez-vous de moi !

Le tourtereau gémit et prie, La colombe roucoule et dit : Salut à toi, Vierge Marie, Chaste épouse du Saint-Esprit.

— Protège-nous, Saint-Jean-Baptiste, Bêlent les moutons attendris. — Prends-nous, Saint-Jean-l’Évangéliste Dans ton sein, chantent les perdrix.

— Nous sommes de ta compagnie. Grand Saint-François, hurlent les loups ; Tu sais bien qu’on nous calomnie, Bon Saint-François, parle pour nous !

Les animaux sont en prière. Un pauvre chien jappe : Saint-Roch ! Pour ne pas contrister Saint-Pierre, On n’entend pas le chant du coq.

— Glorieux docteurs, saints Pontifes, Des fléaux sauvez nos moissons. — Du tiercelet et de ses griflies Sauvez-nous, disent les pinsons.

— Seigneur, en vos champs d’émeraude Nourrissez les épis fluets. — Seigneur, dit l’abeille qui rôde, Aurons-nous bientôt les bluets ?

— Du vent roux préservez nos pommes ! — Des grêlons gardez-nous. Seigneur, — Et de la malice des hommes. Répète la nature en chœur.

Le cortège un instant séjourne En chantant au pied de la Croix, Puis reprend sa marche et retourne À l’église, longeant les bois.

Devant le peuple qui chemine, Là-bas, apparaît au retour Comme un point d’or qui s’illumine : C’est le coq au haut de la tour.

L’officiant, distrait, admire La plaine au lumineux émail. D’en haut l’alouette se mire Dans les moires de son camail.

Dans les rangs passe une étincelle… Non, ce n’est qu’un bourdon moqueur ; Il mêle son violoncelle Aux titres des enfants de chœur.

Le suisse, qui rentre son ventre. Ne tend plus autant le jarret ; Le bedeau médite, le chantre Donne à la gorge un temps d’arrêt.

Chacun regarde la nature, Ou fait tout bas son oraison. On n’entend plus que le murmure Des pieds qui frôlent le gazon.

Tout le long, tout le long des seigles. Où sont tapis les noirs grillons, Les petites filles espiègles Chassent de l’œil les papillons.

Les grandes filles sérieuses Suivent, dans le firmament bleu, Les allures mystérieuses De tous les oiseaux du bon Dieu,

Des noirs martinets, taches d’encre, Barbouillant un peu le ciel clair, Ailes de jais, en forme d’ancre, Où le rayon jette un éclair.

Mais voici qu’on rentre à l’église, Le pasteur avec les brebis Et l’on entend sous la tour grise Le dernier : Ora pro nobis.

C’est la prière du poëte : — Saints du ciel, gardez nos moissons, Les mots qui germent dans ma tête Et ma récolte de chansons.

De l’orage qui nous effraye Si nous-mêmes nous nous gardons, Sauvez nos froments de l’ivraie, Sauvez nos orges des chardons.

Préservez notre coin de terre Des fléaux que nous redoutons Et dans notre petit parterre Qu’il n’entre pas de hannetons.