Versos French Paul Harel Mars

French poem

Mars

by (1854–1927)

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Des almanachs hésitants les temp Mars a mis dans tous les temps Les pronostics en querelle ; Son caprice est sans pareil : Pluie ou vent, brouillard, soleil, Neige ou grêle.

C’est un mois extravagant ; Aujourd’hui, c’est l’ouragan Qui hurle dans ses trompettes. Quelques précoces chaleurs Demain sécheront les pleurs Des tempêtes ;

Puis, pendant que le jour croît, Tout à coup revient le froid, Puis encore la bourrasque. Arlequin quotidien, Mars est un comédien Bien fantasque,

Qui, dès le premier tableau, Se montre et joue avec l’eau Qu’il déverse en cataracte, Un drame torrentiel, Avec un bout d’arc-en-ciel Dans l’entr’acte.

Colombine n’est pas là ; Bientôt, en gai falbala, Du ciel elle va descendre ; En attendant, Arlequin Taquine ce vieux coquin De Cassandre.

Au premier plan du décor L’ajonc montre ses fleurs d’or ; Les coudriers dans les haies Balancent leurs chatons neufs Sur la tête des houx, veufs De leurs baies.

Sur le talus des fossés D’autres fleurs, bouquets tassés, Ouvrent leurs petits calices, Et dans les bas fonds des prés Brillent les pompons dorés Des narcisses.

Aux murs servant de portants, On peut voir, de temps en temps, Des touffes blanches écloses Aux abricotiers hardis. — Et les pêchers étourdis Sont tout roses.

Pas de musique d’abord ; L’hiver a frappé de mort Les .gosiers de la nature. Le coq chante le premier ; Il sonne sur son fumier L’Ouverture.

Le merle siffle un solo ; Miaulant en trémolo, Le chat, qu’en vain l’on séquestre, Se lamente nuit et jour En attendant le retour De l’Orchestre.

Fins gymnastes, les pigeons Font culbutes et plongeons Dans la brume des aurores, Où défilent les vanneaux, Pareils à des dominos Bicolores.

Courant du gîte au fourré, Le lièvre passe, effaré ; C’est le Pierrot de la farce. Pressant leur vol alangui, Les grives s’en vont au gui, Bande éparse.

Déjà le bouvreuil goulu Becquète un bourgeon velu, Le jette à terre et décampe, Tandis que, danseur falot, L’écureuil passe au galop Sur la rampe.

La scène change à la fin ; Golombine en séraphin, Fendant la voûte azurée, Vient descendre au dénouement. — Le Printemps fait brusquement Son entrée.

Arlequin lui saute au cou, Puis, il jette dans un trou Cassandre ébloui qu’il brave, Et le vieil Hiver sournois Est verrouillé pour neuf mois Dans sa cave.

Devant le trou du souffleur, L’œil en feu, la joue en fleur, Colombine au bon parterre Chante le couplet final Du mélodrame hivernal Qu’on enterre.

C’est un gai De Profundis. Les violons dégourdis Chantent de façon discrète : Le bonhomme est trépassé, Requiescat in pace. Turlurette !

Le poète émerveillé Et juste à point réveillé, Accomplit, tout en liesse, Son devoir de spectateur En applaudissant l’auteur De la pièce.

Dans le décor du Printemps Il salue, en même temps, Le Créateur et l’aurore ; Dans les splendeurs du ciel bleu, Il entrevoit le bon Dieu Et l’adore.