Versos French Paul Harel Thérèse

French poem

Thérèse

by (1854–1927)

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L’enfant aux cheveux blonds que Dieu nous a donnée Marche à tout petits pas vers sa troisième année. C’est une grande fille. Elle passe, dit-on, Juste d’un demi-pied sa poupée en carton. Ses yeux parlent, d’accord avec ses lèvres roses. Qui cherchent à nommer parfois un tas de choses Et forgent pour cela des mots extravagants. Elle est simple. Elle est simple.Elle n’a ni mitaines ni gants ;

Avec ses petits doigts elle tricote à vide, Tantôt file, tantôt coud et tantôt dévide. Elle sera la fée et l’ange du foyer. Elle a, (nous la gardons du froid sans la choyer), Des jupes sans volants, des bonnets sans dentelle. Elle est gaie. Elle est gaie.Elle rit quand on rit devant elle. Elle entre, pour des riens, en des étonnements ! Et quand elle a trop ri, refléchit par moments. Aurait-elle, âmelette en extase ravie, Comme un pressentiment des choses de la vie ? Sait-elle qu’à travers le songe et les douleurs Le rêve est un éclair qui brille entre deux pleurs ? Elle est jolie. Elle est jolie.Il faut entendre la grand’ mère Et la mère bercer là-dessus leur chimère ! Le père lui-même a des attendrissements Quand sa fille lui jette au col ses bras charmants. Il prend le compliment pour lui quand on la vante. — Ah ! dans quinze ou seize ans d’ici, dit la servante,

Sera-t-elle gentille, aimable et douce à voir Et quels coups de chapeau vous allez recevoir !

Thérèse, on verra bien si tous ces gens se leurrent.

Elle est bonne. Elle est bonne.Elle veut embrasser ceux qui pleurent. — Cela, — dit l’autre jour le père triomphant, — Convenez-en, n’est pas commun dans un enfant. — Elle est de mon côté, — dit la mère. Il me semble Qu’elle tient son bon cœur des deux côtés ensemble.

Thérèse n’ira point par les sentiers battus ; Elle veut exercer ses petites vertus. Hier, comme elle était près de la cheminée, De bonne humeur, ayant sa sieste terminée, Un petit enfant pauvre à la porte est venu. Il était maigrelet, tremblotant, presque nu. L’hiver, qui fait sortir les loups de leurs tanières, Chasse aussi les enfants pauvres de leurs chaumières ;

Il fuyait l’âtre froid, sans flamme et sans grillons Et l’on voyait sa chair à travers ses haillons. Il était rabougri ; la misère et le jeûne Avaient retardé l’homme en l’éprouvant trop jeune, Mais qu’il était gentil, le petit gars normand ! Et comme vers la flamme et l’aumône, humblement, Il tendait ses dix doigts, rougis par la gelée !

Thérèse au coin de l’âtre était emmitouflée ; Un feu clair voltigeait sur les charbons ardents. Thérèse, faisant fête à ses premières dents, Grignotait un morceau de galette normande Et sa mère disait : La petite gourmande ! Gourmande ? Quel reproche ! Y pensez-vous, maman ? Ma fille le reçut avec étonncment Et regardant le pauvre avec ses doux yeux d’ange. Lui glissa son morceau dans la bouche et dit : mange !