French poem
Sous la Côte
by Paul Harel (1854–1927)
C’est comme un nid fait dans les herbes. Du seuil de la vieille maison, À travers des arbres superbes, On voit miroiter l’horizon.
Du logis, que le chaume couvre, Sous la côte, à l’abri du vent, Tous les matins la porte s’ouvre En face du soleil levant.
Les premiers rayons qui paraissent Disent bonjour à la maison, Et, de leurs lèvres d’or, caressent Les marguerites du gazon.
Petit herbage, étroit domaine, Enclos béni du Dieu vivant, La créature s’y promène Sous la côte, à l’abri du vent.
Une source coule et murmure Près de la haie, à fleur de sol ; Un gros pommier, de sa ramure, Fais à la source un parasol.
Cherchant sa pâture avant l’aube Et troublant le petit flot clair, Un canard y lustre sa robe, Le ventre à l’eau, le dos à l’air.
L’oiseau du pays perche et couve À l’aise dans le gros pommier, Ici l’hirondelle retrouve, Son nid d’antan sous le larmier,
Des moucherons de toute espèce Et des insectes familiers, Qui dans l’air chaud et l’herbe épaisse Viennent s’ébattre par milliers.
Dans le sein de cette chaumière Et sous ces feuillages épais, La Vie entre avec la Lumière, Avec l’Ombre descend la Paix.
Ô destin que tout bas j’envie ! Doucement, au fond de ce nid, Reposent, au soir de la vie, Deux cœurs qu’un tendre amour unit.
L’homme et la femme ont le même âge, Pas chancelants et blancs cheveux, Mais ce serait vraiment dommage Qu’ils ne fussent pas aussi vieux.
Ils portent le poids et le nombre Des jours passés avec fierté : Pas un de ces jours n’a mis d’ombre Au ciel de leur fidélité.
Qu’importe la date lointaine ? Les serments ne vieillissent pas. Les vieux ont fait leur cinquantaine Et, fidèles jusqu’au trépas,
Devant les petits de leur race, En défiant le démenti, Ont regardé l’autel en face Comme gens qui n’ont point menti.
Puis, revenus dans leur demeure, Sous la côte, à l’abri du vent, Ils attendent la dernière heure En face du soleil levant.
Et vers la Fortune qui passe Ils regardent les gens courir En sachant ce qu’il faut d’espace Pour aimer, prier et mourir.