Versos French Pierre de Marbeuf L’Anatomie de l’œil

French poem

L’Anatomie de l’œil

by (1595–1645)

Listen in the reader

L’Oeil est dans vn chasteau que ceignent les frontieres De ce petit valon clos de deux bouleuars : Il a pour põt-leuis les mouuãtes paupieres, Le cil pour garde-corps, les sourcils pour rampars.

Il comprend trois humeurs, l’aqueuse, la vitrée, Et celle de cristal qui nage entre les deux : Mais ce corps delicat ne peut souffrir l’entrée A cela que nature a fait de nebuleux.

Six tuniques tenant nostre œil en consistance, L’empêche de glisser parmy ses mouuemens, Et les tendons poreux apportent la substance Qui le garde, & nourrit tous ses compartimens.

Quatre muscles sont droits, & deux autres obliques, Communiquans à l’œil sa promte agilité, Mais par la liaison qui joint les nerfs optiques, Il est ferme tousiours dans sa mobilité.

Bref, l’œil mesurant tout d’vne mesme mesure, A soy mesme inconneu, connoit tout l’vniuers, Et conçoit dans l’enclos de sa ronde figure Le rond & le carré, le droit & le trauers.

Toutesfois ce flambeau qui conduit nostre vie, De l’obscur de ce corps emprunte sa clarté : Nous serons donc ce corps, vous serez l’œil, Marie, Qui prenez de l’impur vostre pure beauté.