French poem
Escoute, du-Bellay
EScoute du Bellay, ou les Muses ont peur De l'enfant de Venus, ou l'aiment de bon cœur, Et tousiours pas à pas accompagnent sa trace: Car celuy qui ne veut les amours desdaigner, Toutes à qui mieux-mieux le viennent enseigner, Et sa bouche mielleuse emplissent de leur grace. Mais au braue qui met les amours à desdain, Toutes le desdaignant l'abandonnent soudain, Et plus ne luy font part de leur gentille veine: Ains Cleion luy defend de ne se plus trouuer En leur danse, & iamais ne venir abreuuer Sa bouche non amante en leur belle fonteine. Certes i'en suis tesmoin : car quand ie veux louer Quelque homme ou quelque Dieu, soudain ie sens nouer La langue à mon palais, & ma gorge se bouche: Mais quand ie veux d'amour ou escrire ou parler, Ma langue se desnouë, & lors ie sens couler Ma chanson d'elle-mesme aisement en la bouche.