French poem
Ma nourrice Calliope
MA nourrice Calliope, Qui du Luth Musicien Dessus la iumelle crope D'Helicon guide la trope Du sainct chœur Parnaßien: Et vous ses Sœurs qui recrues D'auoir trop mené le bal, Toute nuict vous baignez nues Dessous les riues herbues De la fontaine au cheual: Puis tressans dans quelque prée Vos cheueux delicieux, Chantez d'vne voix sacrée Vne chanson qui recrée Et les hommes & les Dieux: Laissez vos Antres sauuages, (Doux seiour de vos esbas) Vos forests, & vos riuages, Vos roches, & vos bocages, Et venez suiure mes pas. Vous sçauez pucelles cheres, Que libre onques ie n'appris De vous faire mercenaires, Ny chetiues prisonnieres, Vous vendant pour quelque pris: Mais sans estre marchandées, Vous sçauez que librement Ie vous ay tousiours guidées Aux maisons recommandées Pour leurs vertus seulement. Comme ores Nymphes tres-belles Ie vous meine auecques moy En ces maisons immortelles, Pour celebrer trois pucelles Comme vous filles de Roy: Qui dessous leur mere croissent Ainsi que trois arbrisseaux, Et ja grandes apparoissent Comme trois beaux Liz qui naissent A la frescheur des ruisseaux, Quand quelque future espouse Aimant leur chef nouuelet Soir & matin les arrouse, Et à ses nopces propouse De s'en faire vn chapelet. Mais de quel vers plein de grace Vous iray-ie decorant ? Chanteray-ie vostre race, Ou l'honneur de vostre face D'vn teint brun se colorant ? Diuin est vostre lignage, Et le brun que vous voyez Rougir en vostre visage, En rien ne vous endommage Que trois Graces ne soyez. Les Charistes sont brunettes, Bruns les Muses ont les yeux, Toutefois belles & nettes Reluisent comme planettes Parmy la troupe des Dieux. Mais que sert d'estre les filles D'vn grand Roy, si vous tenez Les Muses comme inutiles, Et leurs sciences gentiles Dés le berceau n'apprenez ? Ne craignez pour mieux reuiure, D'assembler d'egal compas Les aiguilles & le liure, Et de doublement ensuiure Les deux mestiers de Pallas. » Peu de temps la beauté dure, » Et le sang qui des Rois sort, » Si de l'esprit on n'a cure: » Autant vaut quelque peinture » Qui n'est viue qu'en son mort. » Ces richesses orgueilleuses, » Ces gros diamans luisans, » Ces robes voluptueuses, » Ces dorures somptueuses » Periront auec les ans. » Mais le sçauoir de la Muse » Plus que la richesse est fort: » Car iamais rouillé ne s'vse, » Et maugré les ans refuse » De donner place à la mort. Si tost que serez apprises A la danse des neuf Sœurs, Et que vous aurez comprises Les doctrines plus exquises A former vos ieunes mœurs: Tout außi tost la Deesse Qui trompette les renoms, De sa bouche parleresse Par tout espandra sans cesse Les louanges de vos noms. Lors s'vn Roy pour sa defence A vos freres repoussez De sa terre auec sa lance: Refroidissant la vaillance De ses peuples courroussez, Au bruit de la renommée Espris de vostre sçauoir Aura son ame enflamée, Et en quittant son armée, Pour mary vous viendra voir. Voyla comment en deux sortes Tous Rois seront combatus, Soit qu'ils sentent les mains fortes De nos Françoises cohortes, Soit qu'ils aiment vos vertus. Là donq Princesses diuines, Race ancienne des Dieux, Ne souffrez que vos poitrines Des vertus soient orfelines: C'est le vray chemin des Cieux. Par tel chemin Polyxene D'vn beau renom a iouy: Par tel mestier la Romaine De chasteté toute pleine Vit encores auiourd'huy: Qui de sa trenchante espée Sa vie aux ombres ieta, Et par soy-mesme frapée, Ayant la honte trompée, Vn beau renom s'acheta.