Versos French Pierre de Ronsard Ma promesse ne

French poem

Ma promesse ne

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MA promesse ne veut pas, Carnaualet, que là bas Ton nom erre sans honneur, Ne sans auoir cognoissance Quelle force a la puissance Du vers dont ie suis donneur. Muses, filles du grand Dieu, Par qui la foudre est lancée, Venez chanter en quel lieu Ie l'ay peint en ma pensée. Il est vray que i'auoy mis En long oubly la memoire Qu'autrefois ie luy promis D'espandre au monde sa gloire: Mais ores vostre main forte Chasse l'iniure, de sorte Qu'il voye parfaitement, Que nulle mortelle chose Ferme ne fut oncques close Sous l'huis de l'entendement. Le temps venant de bien loin M'a blasmé comme tesmoin De n'acquiter mon deuoir: Au pis aller, vne vure Raclera toute l'iniure Que i'en pourroy receuoir. » C'est un trauail de bon-heur » Chanter les hommes loüables, » Et leur bastir vn honneur » Seul veinqueur des ans muables. » Le marbre, & l'airain vestu » D'vn labeur vif par l'enclume, » N'animent tant la vertu » Que les Muses par la plume. Or donques ta renommée Voirra le monde, animée Par le labeur de mes dois: Telle immortelle largesse Passe en grandeur la richesse Des grands Princes & des Rois. Quelle loüange premiere Ma Lyre te sonnera, Resiouy de la lumiere Que mon vers re-sonnera ? Diray-ie ou l’experience Que tu as de la science, Ou ta main qui sçait l’adresse D’acheminer la ieunesse Par tes vertus à bon train, Ou ton art qui admoneste L’esprit de la fiere beste Se rendre docile au frain ? Qu’apportra du Ciel Pallas A Bellerophon trop las De vouloir en vain donter Le fils ailé de Meduse A coups de pied, qui refuse Le laisser sur luy monter : Quand la nuict il entendis Pallas des soudars la guide, Qui en songe luy a dit, Dors-tu la race Æolide ? Pren le secours de tes maux Ceste medecine douce, Elle seule des cheuaux Le fier courage repousse. Luy qui soudain se resueille, De voir vn frain s’esmerueille : Et le prenant l’a caché En l’opiniastre bouche Du cheual non plus farouche L’ayant vn petit mâché. Lors le domtant de plus pres, Osa tenter l’air apres Monté sus le doz volant : Et se roüant en ses armes Fit de merueilleux alarmes. Déuouant l’arc violant, La puante ame il embla A la Chimere à trois formes, Et le col luy dessembla Loin de ses testes difformes. A terre morte il rua Des guerrieres la vaillance : Mais quel méchef le tua, Ie le passe sous silence : Au Ciel maint feu lon vit naistre De Pegase qui son maistre Culbuta du hault en bas. » L’homme qui veut entreprendre » D’aller au Ciel, doit apprendre » A s’esleuer par compas. Automedon ne Sthenelle, Dont la longue antiquité Chante la gloire eternelle, La tienne n’ont merité : Soit pour mollir le courage Au cheual d’vne main sage, Ou soit pour le faire adextre A la gauche & à la dextre Obeyssant à tes lois, Afin que par ta conduite Puisse vn iour tourner en fuite Le camp ennemy des Rois. Tes ancestres maternels Et tes ayeux paternels Diuers champs ont habité : Si bien que qui fils t’appelle De deux terres, il ne cele Ta race à la verité. » Quand la Bize vient fascher » La nef que trop elle vire, » Alors il fait bon lascher » Deux ancres de son nauire. La France te va loüant Pour son fils, & la Bretaigne De t’aller sien auouant Si grand honneur ne desdaigne : Mais tu es fils legitime De la Vertu, que i’estime Plus que tes pays diuers. C’est pour cela que ma corde Parlant ta gloire s’accorde Auec le son de mes vers. Lesquels en douceur parfaits Apparoistre se sont faits Sur le riuage du Loir, Pour sacrer à la memoire Les vertueux qui leur gloire Ne mettent en nonchaloir. Comme le fils qu’vn pere a De sa femme en sa vieillesse, Ce vers Thebain te plaira, Bien que tard ie te le laisse. » L’homme veuf n’a tant d’ennuy » De quitter son heritage » Aux estrangers qui de luy » Auront le bien en partage, » Comme l’homme qui deuale » Dedans la barque infernale » De mes Hynnes deuestu. » En vain lon trauaille au Monde, » Si la lyrique faconde » Fait muette la vertu. Mais la mienne emmiellée Qui sçait les loix de mon doy, Auec les flustes mestée Chassera l’oubly de toy. Les neuf diuines Pucelles Gardent la gloire chez elles, Et mon luth qu’ell’ ont fait estre De leurs secrets le grand Prestre, Par cest Hynne solonnel Respandra desur ta race Ie ne sçay quoy de sa grace Qui te doit faire eternel.