French poem
« Osons tout et disons nos sentiments divers »
by Sainte-Beuve (1804–1869)
Osons tout et disons nos sentiments divers : Nul moment n’est plus doux au cœur mâle et sauvage Que lorsqu’après des mois d’un trop ingrat servage, Un matin, par bonheur, il a brisé ses fers.
La flèche le perçait et pénétrait ses chairs, Et le suivait partout : de bocage en bocage Il errait. Mais le trait tout d’un coup se dégage : Il le rejette au loin, tout sanglant, dans les airs.
Ô joie ! ô cri d’orgueil ! ô liberté rendue ! Espace retrouvé ! courses dans l’étendue ! Que les ardents soleils l’inondent maintenant !
Comme un guerrier mûri que l’épreuve rassure, À mainte cicatrice ajoutant sa blessure, Il porte haut la tête et triomphe en saignant.
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