French poem
Notre-Dame d'Oubli
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
Vierge au calme fronts Notre-Dame d’Oubli, Douce est votre voix qui berce, aux jours néfastes, En de bleus sommeils, l’infortuné pâli : Pour son pauvre cœur, d’amertume rempli, Douce est votre voix, et doux sont vos yeux chastes, Vierge au calme front, Notre-Dame d’Oubli !
Quand tout nous abandonne, Prenez pitié de nous : Nous tombons, ô Madone, À vos genoux ! Votre main d’albâtre, ô Mère généreuse, Tient le calice où dort la Sérénité, Philtre ensorceleur des cerveaux, où se creuse La tombe du Spleen et de l’Anxiété… — Posez sur le front du poëte attristé Votre main d’albâtre, ô mère généreuse !
À vos genoux Nous tombons, ô Madone ! Prenez pitié de nous Quand tout nous abandonne ! Le Déshérité vous allume un autel En son pauvre cœur, d’apaisement avide. À tous souvenirs votre culte est mortel ; L’homme sait cela ; mais son amour est tel Qu’en son pauvre cœur, désormais morne et vide, Le Déshérité vous allume un autel.
Quand tout nous abandonne, Prenez pitié de nous : Nous tombons, ô Madone, À vos genoux ! Vous ouvrez encor le Refuge suprême À notre Esprit las, atone ou harassé ; Et mieux que le prêtre, à l’onction-extrême,
Nous corroborez, avec votre saint-chrême !… Ô Vierge terrible, à l’œil chaste et glacé, Vous ouvrez encor le Refuge suprême !
Ayez pitié de nous Quand tout nous abandonne : Nous tombons, ô Madone, À vos genoux !