French poem
Dis-moy, Thirsis, sans vanité
by Théophile de Viau (1590–1626)
Dis-moy, Thirsis, sans vanité, Remarques-tu que la beauté Qui tient ton esprit et ta vie Ayt pour toy quelque peu d’amour ? Cognois-tu bien qu’elle ayt envie De te le tesmoigner un jour ?
Elle est si parfaicte et si belle, Que, sans blasme d’estre cruelle, Elle peut destourner ses yeux Des mortels et de leurs offrandes, Et mesme refuser aux Dieux L’amitié que tu luy demandes.
Mais aussi faut-il advouer Que tout ce qu’on sçauroit louer En tes perfections abonde, Et qu’elle se doit estimer La premiere beauté du monde Pource que tu la veux aymer.
S’il est vray qu’une mesme flame Vous ayt mis des desirs dans l’ame, Je te loue d’estre amoureux : Tu fais bien d’essuyer tes larmes Et de te croire bien heureux Depuis qu’on a quitté les armes.
Que ton amour eut de profit Du monstre que le roy défit ! Tout le monde alloit à la guerre, Et chacun s’estonnoit de voir Le plus brave homme de la terre Si paresseux à ce devoir.
Je disois, palissant de honte : Il n’a qu’une valeur trop prompte ; Mais ce courage est endormy. C’est en vain que l’honneur le presse : Il hait trop peu cet ennemy, Et cherit trop ceste maistresse.