Versos French Théophile de Viau Je jure le jour qui me luit

French poem

Je jure le jour qui me luit

by (1590–1626)

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Je jure le jour qui me luit Et la froide horreur de la nuict Où la tristesse me convie Que le temps de mon amitié Doit plus durer de la moitié Que ne faict celuy de ma vie.

Alors que mon supreme jour M’aura porté dans le sejour Des ames mieux favorisées, Mon ame versera des pleurs Qui feront naistre mille fleurs Dans les campagnes Elizées.

Ce doux et ce poignant soucy, Le mesme qui me touche icy, Reviendra dans mon ame morte, Et les esprits qui me verront, Approchant mon feu, jureront Qu’ils n’en ont point veu de la sorte.

Après moy d’un amour flatteur Quelque infidelle serviteur Surprendra tes desirs novices, Et tu n’as point assez de foy Pour permettre que mes services Te fassent souvenir de moy.

Je te conjure par tes yeux, Que j’ayme et que j’honore mieux Ny que le ciel ny que la terre, Tost ou tard de t’en repentir, Car le Ciel te feroit sentir Quelque pointe de son tonnerre.

Au fort , je meurs amant martyr, Du nombre des amoureux saints.