Versos French Théophile de Viau Heureux, tandis qu’il est vivant

French poem

Heureux, tandis qu’il est vivant

by (1590–1626)

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Heureux, tandis qu’il est vivant, Celuy qui va tousjours suivant Le grand maistre de la nature, Dont il se croit la creature ! Il n’enviera jamais autruy, Quand tous les plus heureux que luy Se mocqueroient de sa misere ; Le rire est toute sa colere. Celuy là ne s’esveille point Aussi-tost que l’aurore point Pour venir des soucis du monde Importuner la terre et l’onde ; Il est toujours plein de loisir ; La justice est tout son plaisir, Et, permettant à son envie Les douceurs d’une saincte vie, Il borne son contentement Par la raison tant seulement ; L’espoir du gain ne l’importune, En son esprit est sa fortune ; L’esclat des cabinets dorez Où les princes sont adorez Luy plaist moins que la face nue De la campagne ou de la nue ; La sottise d’un courtisan, La peine qu’un amant souspire, Luy donne esgallement à rire ; Il n’a jamais trop affecté Ny les biens ny la pauvreté, Il n’est ny serviteur ny maistre ; Il n’est rien que ce qu’il veut estre, Jesus-Christ est sa seule foy : Tels seront mes amis et moy.