French poem
Le Torrent
by André Van Hasselt (1806–1874)
Au ciel les étoiles sans nombre Ouvrent leurs yeux de diamant. L’oiseau dort dans la forêt sombre, Et les feuilles du bois plein d’ombre Vont chuchotant plus doucement.
Mais là-bas tes ondes obscures Tes flots, ô torrent ténébreux, Avec de sinistres murmures Dans ton lit voilé de ramures Roulent et se brisent entre eux.
Ils roulent en masses énormes À travers les blocs de granit, À travers les roches difformes Où pendent les branches des ormes Que le vent d’automne jaunit.
Que le jour commence ou s’achève, Que l’aube succède à la nuit, Que l’étoile du soir se lève, — Ils vont murmurant sans trêve Leur plainte qu’on prend pour du bruit.
Aux rayons de la lune blonde Quand s’éteint le dernier aboi, Ni le soir ni la nuit profonde, Ô torrent dont l’eau toujours gronde, N’ont, hélas ! de repos pour toi.
Pas plus que ton onde inquiète Mon cœur ne trouve le repos, Ni le jour ni la nuit muette. Dieu n’a-t-il donc pour le poëte Que l’obscur sommeil des tombeaux ?