Versos French André Van Hasselt Le Petit Frère

French poem

Le Petit Frère

by (1806–1874)

Listen in the reader

— « Où donc, ma mère, où donc est-il mon petit frère ? « Sous les branches du vieux tilleul « Autrefois nous jouions si gaîment, ô ma mère, « Et maintenant je suis tout seul.

« Oh ! quel plaisir c’était d’être ensemble, ô ma mère, « De rire et de jouer toujours ! « Où donc, ma mère, où donc est-il mon petit frère ? « Je l’appelle en vain tous les jours. » —

— « Regarde, enfant, là-haut ces nuages étranges. « Le ciel est bien loin au-dessus. « Ton petit frère est là qui joue avec les anges « Et le petit enfant Jésus.

« Tu sais comme il était pieux, docile et sage. « Chacun des anges le savait, « Qui, lisant, tout le jour, son cœur sur son visage, « Veillaient, la nuit, à son chevet.

« Or, à l’enfant Jésus ils s’en furent le dire, « Et le bon Jésus leur parla : — « Qu’on aille le chercher bien vite ; je désire « Qu’on m’amène cet enfant-là. » —

« Aussitôt, déployant leurs ailes rayonnantes, « Les beaux anges s’en vinrent tous, « Et firent, au milieu des herbes frissonnantes, « Un petit lit moelleux et doux,

« Là-bas, dans le jardin du calme cimetière, « Là-bas parmi ces tertres verts, « Où, comme pour prier, toutes ces croix de pierre « Tiennent leurs bras toujours ouverts.

« Puis à ton petit frère, attiré sous les branches « Aux cris de leur essaim joyeux, « Ils apparurent tous avec leurs robes blanches « Les beaux anges venus des cieux ;

« Et, se rangeant en cercle autour de lui dans l’ombre, « Se mirent à chanter tout bas, « À lui parler du ciel et des bonheurs sans nombre « Que la terre ne connaît pas ;

« Du paradis où Dieu fait croître tant de roses « Pour fleurir éternellement, « Et des étoiles d’or, ces autres fleurs écloses « Dans le jardin du firmament.

« Si douce était leur voix ! Leur musique, si douce ! « Ton petit frère, en l’écoutant, « Ferme ses beaux yeux bleus et s’endort sur la mousse « Au milieu du cercle chantant.

« Et, comme il dort ainsi, le chœur joyeux l’enlève « Et le porte au petit lit vert. « Là, dans le cimetière où ce vieux saule rêve, « Des pleurs de ses feuilles couvert.

« Pendant qu’il dort toujours leur main bien vite apprête « Une couronne de cyprès, « Et doucement ils la lui posent sur la tête, « Et le ciel éclaire ses traits.

« Ils l’habillent ensuite, à l’ombre du vieux saule, « D’une robe d’un blanc si pur ; « Et, pour compléter l’ange, ils font à chaque épaule « Croître une aile aux reflets d’azur.

« Puis leur groupe charmant qu’un même soin rassemble : — « Beau séraphin, voici l’instant ! « Lève-toi ! lève-toi ! car nous allons ensemble « Où l’enfant Jésus nous attend.

« Te voilà comme nous un ange. Ouvre ton aile « Et mets ta main dans notre main. « Nous allons regagner la patrie éternelle « De ceux qui vont le droit chemin. —

« Ton petit frère alors se réveille et s’étonne, « Ouvrant ses ailes vers les cieux. « Et tous s’en vont, ainsi que s’envole en automne « Une troupe d’oiseaux joyeux.

« Enfant, il est là-haut, où pour nous deux il prie. « Et nous l’y reverrons un jour. « Mais il faut, pour entrer dans la sainte patrie, « Aimer Dieu de tout notre amour. » —