French poem
Départ
by Louis Chadourne (1890–1925)
La nuit d’hiver était si douce Qu’on cherchait l’odeur des bourgeons : Pourtant les branches étaient nues, Et pourtant, nos cœurs angoissés.
Un ciel strié de noirs rameaux Mûrissait l’instant du départ, Et nos yeux amassaient, avides, Un fugitif trésor d’images.
Une écluse menait dans l’ombre Sa rumeur, pareille à la mer ; Au coin du pont, la maison blanche Me fit le signe de rester.
Les collines nous enserraient De leur tendre barrière ; Mais derrière elle, rougeoyaient Les feux troubles de la gare.
Une goutte de pluie amère A roulé le long de ta joue ; Puis l’ombre en sifflant s’est ouverte Devant ma course solitaire.
Mais un vent tiède s’est levé À travers les arbres sans feuilles Et m’a laissé de ton adieu Un goût de printemps sur les lèvres.