French poem
Agnus Dei
by Marie Krysinska (1857–1908)
Marie, docile, suivait La course enfantine de Jésus Qui parvint, tout gambadant, dessus Un pré D’herbe douce et de fleurs diapré.
Un troupeau paissait par là. Or, un jeune agnelet, de Jésus, s’approcha, Offrant sa toison immaculée à la main de l’enfant Qui, sur le dos du petit animal Cherchait à monter comme à cheval, Tout en riant gentiment.
Marie regardait ces jeux, Le jeune agneau tout blanc et l’enfant radieux, Unis dans une caresse ingénue. Même âge presque ; même candeur, Même ignorance bienheureuse Des futurs destins, des futures douleurs !…
Soudain, elle eut la vision affreuse De l’agneau égorgé, tachant sa robe pure D’un sang rouge échappé de sa blessure !
Marie, éperdue Prit Jésus sur son cœur tremblant Et s’enfuit vers la ville, les yeux baignés De larmes amères
Tandis que le petit en souriant s’endormait Dans les bras de sa Mère.