Versos French Marie Krysinska Âmes sonores

French poem

Âmes sonores

by (1857–1908)

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Ainsi qu’autrefois à l’humaine aurore Amphion, aux accents de sa Lyre première Faisait Thèbes surgir en commandant aux pierres, Qui se rangeaient à son ordre sonore ;

Ainsi, ô fils d’Orphée et fils de David Roi — Qui de Saül calmait la fureur et l’effroi — Ainsi, sans que le temps limite son essor, Vibre, toujours puissante, votre harpe d’or.

Âpre dévotion du Moyen Âge, Orgues mugissantes des Cathédrales Où résonne, comme un terrible vent d’orage, La Trompette annonciatrice des Jours accomplis, Hymnes sombres, Dies iræ, Voix sépulcrale Des Morts : De Profundis.

Maîtres de chapelle, qui fîtes retentir Les voûtes des vieux cloîtres de célestes soupirs, Palestrina, et vous, grand Sébastien Bach, Harmonie apaisée comme les eaux d’un lac Sur qui grondent, soudain, les foudres liturgiques, Bach, Michel Ange de la musique,

Lulli, Rameau, gracieux bergers Des rythmes enjoués Et légers Qu’ils conduisent sur les pelouses de Versailles En gavottes et passacailles.

Gluck — sublime visionnaire, Gluck — tendre amant d’Eurydice Qu’il ravit aux ténèbres souterraines Et rend à la lumière En des accords pleins de sanglots et de délices.

Mozart — prestigieux Don Juan D’un siècle insouciant, Dont le dernier Menuet poudré De grâce. Et la dernière sérénade à l’espagnole Meurent piétines Par la Carmagnole Qui passe.

Bethowen — luxuriante Forêt d’enchantement Où module et gémit toute la flûte de Pan, Aux clameurs tragiques — telle une tempête déchaînée — Dont le grand souffle planant Couche les branches et les âmes prosternées ; Roses de la douleur roulées par un torrent Suavité des clairs de Lune sur la mer ; Pudiques voiles sur la ferveur d’un cœur fier.

Schumann — cygne chanteur des amoureux vertiges, Tristesse et joie ensemble, mélodieux prodige ; Irrésistible emprise sur nos sens transportés ; Fraîcheur d’ombre sous bois et gouffres de clartés.

Chopin et Grieg — tziganes archets Cadences nerveuses aux lascives langueurs ; Énergiques arômes des sapins dressés Sur ta pâleur, Ô ciel de neige ! ciel du Nord ! ciel courroucé !

Berlioz — Ode superbe dont le vol s’éploie Sur des horizons où la Légende flamboie : « Il était un roi de Thulé… » Sonnez et riez, tambourins des Capulets ! Course aux abîmes et triomphants Portiques Ouverts, sur des Paradis extatiques.

Richard Wagner — Maître de l’Épopée ! Clairon magique aux multiples accents ; Ire des éléments, Nature chavirée Par des cataclysmes, d’où s’élève pourtant Vers la douce étoile parue au firmament La Prière — ainsi qu’une grande fleur — jaillie Gerbe des humains Rêves, qu’exalte et magnifie Le Génie ! Walhala héroïque et pieux Saint Graal : Lance invincible et pure au poing de Parsifal.

Et vous, beaux rossignolets inconnus Des vieilles rondes populaires ! Où, sur des rythmes ingénus Passèrent Des générations en tournant et chantant « II était trois petits enfants… »

Soyez donc toutes saluées, Âmes sonores Par qui notre âme consolée Vers l’Idéal s’essore !