French poem
Le Chant du père Giraud
by Paul Avenel (1823–1902)
Les deux Giraud, mes fils, étaient deux gas honnêtes, C’étaient de braves cœurs, c’étaient de fortes têtes ; Dieu les avait fait naître actifs, intelligents, Et leur nature droite étonnait bien des gens. Dans le fond de leur âme ils avaient pour devise Trois mots républicains : Dieu ! Liberté ! Franchise ! Ils croyaient à l’honneur !… Et, comprenez-vous ça ? Pierre est mort à Cayenne, et Paul à Lambessa !
Un jour, on descendit sur la place publique, On avait, disait-on, fondé la république ; Pierre et Paul, ce jour-là, jurèrent des deux mains De vivre et de mourir en vrais républicains. Ce gouvernement-là c’était leur rêverie. Pour eux, c’était le bien de la mère-patrie, Ils aimaient tant la France !… Et comprenez-vous ça ? Pierre est mort à Cayenne, et Paul à Lambessa !
Il me disaient souvent : « Ne travaille plus, père ! » Avec nous tu n’as pas à craindre la misère : » Nous sommes jeunes, nous ; repose tes vieux bras ; » Ta tâche est largement accomplie ici-bas ; » Nos poignets vigoureux conduiront la charrue, » Et toi, chez nous, assis sur le banc de la rue, » Tu pourras nous attendre… » Et comprenez-vous ça ? Pierre est mort à Cayenne et Paul à Lambessa !
Un soir, le tambour bat, on sonne, on crie ; Aux armes ! La voix du vieux tocsin semblait pleine de larmes… Un prince violait la constitution : En décembre, en plein jour, devant la nation. Ah ! l’indignation souleva les poitrines ; Ils partirent tous deux, avec leurs carabines, Pour faire leur devoir… Et, comprenez-vous ça ? Pierre est mort à Cayenne et Paul à Lambessa !
Et moi, j’attends la mort, je suis las de l’attendre… Du haut du ciel, parfois, la nuit, je crois entendre Les cris de mes enfants, deux martyrs ; ô douleur ! S’ils ont perdu la vie, ils ont gardé l’honneur ! Ils marchaient pour le droit, ils sont morts pour la France ; Sur leur tombe on a mis la honte et le silence ; Mais moi, je parle d’eux… ; Ah ! vous comprenez ça : Pierre est mort à Cayenne et Paul à Lambessa !