French poem
Quant tu me vois baiser tes bras
by Théophile de Viau (1590–1626)
Quand tu me vois baiser tes bras, Que tu poses nuds sur tes draps, Bien plus blancs que le linge mesme ; Quand tu sens ma bruslante main Se pourmener dessus ton sein, Tu sens bien, Cloris, que je t’ayme.
Comme un devot devers les cieux, Mes yeux tournez devers tes yeux, À genoux auprès de ta couche, Pressé de mille ardens desirs, Je laisse sans ouvrir ma bouche Avec toy dormir mes plaisirs.
Le sommeil, aise de t’avoir, Empesche tes yeux de me voir Et te retient dans son empire Avec si peu de liberté Que ton esprit tout arresté Ne murmure ny ne respire.
La rose en rendant son odeur, Le soleil donnant son ardeur, Diane et le char qui la traine, Une Naïade dedans l’eau, Et les Graces dans un tableau, Font plus de bruict que ton haleine.
Là, je souspire auprès de toy, Et, considerant comme quoy Ton œil si doucement repose, Je m’ecrie : Ô Ciel ! peux-tu bien Tirer d’une si belle chose Un si cruel mal que le mien !
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