Versos French Théophile de Viau Que mon espoir est foible et ma raison confuse

French poem

Que mon espoir est foible et ma raison confuse

by (1590–1626)

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Que mon espoir est foible et ma raison confuse ! C’est bien hors de propos, Bruslant comme je fais, que mon esprit s’amuse À chercher du repos. Les remedes plus doux qui touchent à ma playe Irritent ma douleur, Et je suis en fureur quand mon discours s’essaye De ruyner mon mal-heur : Car un si cher ennuy combat ma violence, Je meurs si doucement, Que pour me secourir je ferois conscience De parler seulement. Phillis, dans les tourmens que ta rigueur me donne, Quoy que je meure à tort, Je me diray coulpable, afin qu’on te pardonne L’injure de ma mort. Amour a resolu que je sois ta victime ; Mais que ta cruauté À son occasion ne fasse point de crime Qu’avecques ta beauté. Non, mon sort est meilleur : Phillis veut que je vive, Et sans compassion Ne sçauroit endurer qu’un deplaisir arrive À mon affection. On void sur son visage, animé de sa flame, Qu’elle a de la pitié, Et ma fureur me trouble où je vois que son ame Entend mon amitié. Je sçais bien que l’honneur et les loix de la vie Combattent son desir, Et que sa chasteté resiste à mon envie Avecques déplaisir, Son cœur, dans cet effort sauvant son innocence, Languit pour mon subject, Et donne ses souspirs sans doute à mon absence, Plustost qu’à son object. Un rival me traverse ; elle, qui s’en afflige, Se defferoit de luy ; Mais la condition de ce fascheux l’oblige De souffrir avec luy. Cet amant importun, dont elle est offencée, Pese à son entretien, Et recognoist assez qu’elle a dans la pensée Autre feu que le sien.