Versos French Tristan L’Hermite Le Désespoir

French poem

Le Désespoir

by (1601–1655)

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CELLE que i’ay placée entre les Immortels, Et que ma paßion maintient sur les Autels, La perfide a payé ma foy d’ingratitude : Aux traits de sa rigueur ie sers tousiours de blanc Et son mespris n’ordonne à mon inquietude Que des souspirs de flame, & des larmes de sang.

Encore que mes vers déguisans son orgueil Par de si beaux efforts la sauuent du cercueil, La faisant adorer de l’un à l’autre Pole ; L’inhumaine qu’elle est, se rit de mon trespas. Et me pouuant guerir d’vne seule parole, Fait mesme vanité de ne la dire pas.

Puisque d’vn si beau ioug ie ne puis m’affranchir, Et que tous mes deuoirs ne peuuent la fleschir, Par vn dernier effort contentons son enuie : Cessons d’estre l’Obiect de tant de cruautez, Et sortans de ses fers en sortant de la vie, Tesmoignons vn courage égal à sa beauté.

Affreuse Deïté, Démon pasle & deffait, Qu’on n’inuoque iamais qu’en vn tragique effet, Où l’unique salut est de n’en point attendre. Desespoir ie t’inuoque au fort de mes malheurs, Par ton secours fatal vien maintenant m'apprendre Comment on doit guerir d’incurables douleurs.

Auance toy, de grace, ô fantosme inhumain ! Fais vn traict de pitié d’vne barbare main, Et produis mon repos en finissant ma vie ; Ie ne redoute point ce funeste appareil : Car ne pouuant plus voir les beaux yeux de Sylvie Ie ne veux iamais voir la clarté du Soleil.

Ah ! ie te voy venir accompagné d’horreur, La tristesse, l’ennuy, la rage, & la fureur N’enuironnent ton corps que de fer & de flame, Tu tiens de l’Aconit & portes au costé Le poignard qui finist les regrets de Pirame, Et celuy dont Caton sauua sa liberté.

Sur vn ruisseau de sang qui coule sous tes pas, L’image du despit, & celle du trespas Brauent le sort iniuste, & la rigueur indique ; Et me monstrant les maux que ie dois esprouuer, La honte & la colere à l’enuy me font signe Qu’il faut que ie me perde afin de me sauuer.

Mourons pour satisfaire à l’inhumanité De ce cruel esprit qui tire à vanité De trahir mon amour & ma perseuerance : Monstrons à cette ingrate en forçant ma prison, Qu’en des extremitez où manque l’Esperance On ne manque iamais de fer ou de poison.

Ainsi disoit Tersandre en regardant les Cieux, Mille tristes hiboux passoient deuant ses yeux, Faisant autour de luy mille plaintes funebres : Il tenoit vn poignard pour ouurir son cercueil, Et la nuict desployant sa robe de tenebres, N'attendoit que sa mort pour en prendre le deuil.