French poem
Émile au cabinet
by Paul Avenel (1823–1902)
Sire, autrefois, j’étais de la montagne, Un des vrais cinq de l’opposition ! Mais aujourd’hui, moderne Charlemagne, Je viens à vous, mû par l’ambition. Je suis sans peur et surtout sans reproche. Je tends la main à monsieur Guilloutet, J’ai dans le cœur les vertus de Baroche : Je suis donc bon à mettre au cabinet.
Jeune, j’aimais le vieux Caton d’Utique, Je me croyais l’étoffe d’un tribun ; J’ai renié pour vous la République : Rester Gros-Jean n’a pas le sens commun ! Du ciel, Morny m’inspire et me protège, Je me suis fait l’ami de Belmontet Et de messieurs Dugué, David et Mège, Je suis donc bon à mettre au cabinet.
Paris, un jour, eut foi dans mes paroles, Il me nomma pour vous admonester ; J’ai pris sur moi de renverser les rôles Sans m’abaisser même à le consulter. Je suis plus fort que monsieur La Roquette ; Accordez-moi sa place s’il vous plaît ! À temps pour ça j’ai fait la girouette, Je suis donc bon à mettre au cabinet.
Je ne suis plus le fils de Démosthènes, Car mon vieux père est un républicain, Il était né pour vivre dans Athènes, Moi, je suis né pour faire le Pasquin, Et dans vos eaux je nage en écrevisse ! Pour arriver, qui donc aurait mieux fait ? J’étais tribun et me voilà Jocrisse ! Je suis donc bon à mettre au cabinet.
Alors Émile étala son programme : L’empire fort avec la liberté. Puis il jura sur son cœur, sur son âme, Sur son portier, ample fidélité. — L’Empereur dit : soit ! mais soyez sincère, Vous avez l’âme et l’habit d’un valet. Formons ensemble un nouveau ministère ; Vous êtes bon à mettre au cabinet.